16 juillet 2014

La faute à Galarneau

Chronique sur le webzine culturel Mauvaise Herbe
Le 15 juillet 2014
http://www.mauvaiseherbe.ca/2014/07/15/la-faute-a-galarneau/


Oooh Soleil! Comme elle est divine, la caresse de tes faisceaux gorgés d’ultraviolets et de vitamines! Comme elle est jolie, ma peau de porcelaine qui se teinte de beige au gré de tes jours radieux! Comme elles sont joyeuses, mes méninges, de naturellement baisser le tempo sous l’effet de ta moiteur!

Tu es bon, tu es beau, Galarneau. On t’a attendu, espéré. Tous ces longs mois polaires à se les geler, à fracasser des records de consommation d’hydroélectricité. À rêver de toi, de l’été, cette saison où tu domines, éclipsant toute déprime. Mais… putain que ta brillance a sur moi un effet anesthésiant!

Mes doigts, chair extension de mes pensées, si aisément volubiles sur le clavier : les voilà en panne d’idées, les pauvres. J’ai dû esquisser une demi-douzaine de chroniques, et pas moyen d’en achever une seule. La torpeur des jours caniculaires m’enlève tout désir d’accomplissement et de performance. Mon intellect et ma créativité sont partis en vacances.

Je rêve de vacuité. Donnez-moi une forêt, un  lac pis un « shack », que je me vautre au plus sacrant dans le farniente. J’ai cette vision limpide (et clichée) de moi dans un hamac. Je m’y prélasse, un pot de limonade et une pile de livres posés sur la table. Le chat batifole dans les herbes hautes, juste avant de se lover contre mon ventre nu. Et il y a toi. Tu adores l’eau glacée; tu me prends dans tes bras et me portes en riant jusqu’au quai. Nos jeux mouillés se prolongent jusqu’à ce que le ciel s’embrase derrière la cime des géants.

En attendant que ton halo devienne moins chaud, Galarneau, je pause ma plume. Ma tête prend congé. J’ai besoin d’un break pour me ressourcer et m’inspirer.

Je vous souhaite le plus magnifique été de votre vie. Bon soleil!

13 juillet 2014

Oktoplut à Stéréo-Séquence

Chronique sur Oktoplut
Stéréo-Séquence, le 5 avril 2014 (mis en ligne le 13 juin 2014)

On a eu notre lot de bands qui décapent chez Stéréo-Séquence dans les derniers mois. Je relis mes chroniques sur nos tournages avec Gazoline, Rouge Pompier, Mordicus… Les mots « fort », « pesant », « puissant » et autres appellations du genre se répètent inévitablement.

J’ai bien peur que celle-ci soit du même genre. Mais à une différence près : jamais auparavant je n’avais assisté à une performance aussi musclée (à part peut-être lors d’un des nombreux shows de métal que j’ai vus au Colisée dans les années 80… Et encore).

Et rebelote, nous sommes de nouveau chez Guitares Brousseau pour filmer le duo Oktoplut (oui oui, ça se prononce « Oktoplotte », c’est voulu). Probablement pour la toute dernière fois : Rémi Brousseau et Stéfano Vellone, les deux luthiers qui se partagent l’atelier-boutique, doivent assurément souffrir d’acouphènes au moment où j’écris ces lignes. Stéfano se demandait d’ailleurs pourquoi on avait besoin de micros. Je la ris encore.

Pendant que l’équipe de tournage se délecte de cappuccinos et lattés gracieusement offerts par Jessy Fuchs, le mec derrière Slam Disques (et chanteur/guitariste de Rouge Pompier), les musiciens boivent (encore) de la Labatt 50. Déjà, ça donne un indice sur ce qu’on s’apprête à vivre.

J’ai pas envie de me répéter. Pas le goût de vous dire encore une fois à quel point le port des bouchons était vital, que les cloisons ployaient sous la vibration, que la basse me cognait dans le cœur et m’éclatait les tripes. J’ajouterais seulement que les outils accrochés sur les murs de l’établi tombaient les uns après les autres, que les guitares en fabrication étaient sur le point d’exploser, et qu’on s’arrachait les cheveux parce que même le matériel des ateliers voisins était sur le point de se fracasser au plancher.

Septique? Je vous laisse en juger.

Au Bal, au Bal country

Article écrit pour Monlimoilou.com
Le 29 mai 2014


En juin, le Bal du Lézard amorce la saison des festivals en accueillant un tout nouvel événement : le Festival Country Folk de Limoilou.

On l’espérait, celui-là. Parce que la scène folk n’a jamais été aussi vivante au Québec. On n’a qu’à penser aux Sœurs Boulay et à Lisa LeBlanc, qui ont récemment popularisé le genre auprès du grand public. À proximité de chez nous, Tire le Coyote et Les Chercheurs d’or nous ont harponné le cœur avec leurs sonorités country. Pourtant, aucun festival n’y est consacré à Québec depuis 2011. Jennifer Hardy en avait assez d’attendre le Messie, comme on dit.

Celle qui collabore à la programmation des spectacles au Bal du Lézard (et qui nous sert aussi à boire) a déployé ses talents de coordonnatrice pour mettre sur pied la première édition du Festival Country Folk de Limoilou. « Il n’y en a pas de festival country folk à Québec. Même à Montréal, elle est dure, cette scène-là. Il y a quand même une bonne clientèle pour ça, et il en pleut, des bons bands folk country! »

Même si elle se dit « Limoilou power », Jennifer ne voulait pas faire de « chouchoutage ». Peu importe leur ville d’origine ou d’adoption, artistes et formations de partout en province se succéderont sur les planches du sympathique bar de quartier de la 3e Avenue. On tapera du pied avec le band country-folk indie The Great Novel, gagnant du volet Concours du Festival musical indépendant Diapason en 2012. Chantal Archambault, qui a sorti en février dernier L’amour ou la soif, un minialbum enregistré dans un chalet au fond des bois, nous fera revivre ses passions tourmentées inspirées par les crépitements du feu dans l’âtre. Louis-Philippe Gingras, que l’on compare à Plume Latraverse, nous jasera de troubles bipolaires et de maladie mentale sur des airs à la sauce « folk-country-swing hawaïen minimaliste ». Il jouera en compagnie de Dany Placard, qui a réalisé son deuxième album, Traverser l’parc. Intrigant.

Évidemment, les « locaux » seront aussi au programme, avec deux femmes très connues (et aimées) du milieu folk country à Québec : Jane Ehrhardt et Sylvia. La première, anglophone native du Nouveau-Brunswick, mais évoluant sur notre scène musicale depuis assez longtemps pour faire partie du terroir, nous présentera les pièces de son nouvel opus intimiste Water Will Flow. Sylvia, qui nous a offert un superbe album country western à l’automne 2012 (La fuite), nous envoûtera de sa présence juste avant Louis-Philippe Gingras. Enfin, nous aurons l’honneur de découvrir en primeur le projet solo de l’auteur-compositeur-interprète Jérôme Casabon, membre fondateur du groupe de Limoilou du même nom. Il sera accompagné des tout aussi locaux Shampouing et Cédric Martel (Mauves, Tire le Coyote).

Une belle brochette d’invités, donc, pour cette première édition qu’on espère déjà tradition.

Gazoline à Stéréo-Séquence

Chronique sur Gazoline
Stéréo-Séquence, le 19 mars 2014 (mis en ligne le 12 mai 2014)

Quelque chose se trame au bout de l’autoroute 73. Est-ce l’air pur, les grands espaces ou le miroitement des eaux du majestueux Fjord qui inspirent les Saguenéens, leur proférant une bonne dose de créativité musicale? On ne saurait dire. Mais Chicoutimi est près de détrôner Québec à titre de Ville du Rock.

Les trois membres de Gazoline ne font pas exception. Ils ont traversé le parc pour habiter la métropole, mais leur accent ne trompe personne. Pourtant, s’ils s’expriment dans leur langue maternelle, ils ont assez de talent pour exporter leur matériel. La bonne musique n’a pas de frontières.

Ils ont l’attitude pour conquérir le monde, aussi. Pendant qu’ils installent leur imposant gear dans le local gris éclairé aux néons du Creative Custom Tattoo, à Limoilou, mes yeux s’attardent sur le chanteur et bassiste du groupe, Xavier Dufour Thériault. Sa gueule de rock star sur son visage lisse de jeune garçon, c’est carrément fascinant. J’ai l’impression d’être en présence d’un émule de Bowie. Ou de Prince.

Xavier vénère la musique pop. Il le dit ouvertement, et on le croit : il arbore un t-shirt de Britney Spears sous sa veste mauve façon eighties. Cependant, l’ajout d’un claviériste pour accompagner la formation en tournée n’adoucit pas ce soir ce qui sort des amplis. Il faut que ça reste un «minimum vilain», dixit le guitariste Jean-Cimon Tellier. En effet. C’est fort, ça rocke, ça décape grave. Le son est tellement puissant que tout ce qui n’est pas statique dans la boutique bouge dangereusement.

J’imagine les pauvres voisins, qui n’ont pas été avisés de notre passage. Nous, par contre, on se régale et on en veut… Encore.

Rouge Pompier à Stéréo-Séquence

Chronique sur Rouge Pompier
Stéréo-Séquence, le 5 avril 2014 (mis en ligne le 5 mai 2014)

Endroit mythique que celui des Foufounes électriques. Je me souviens qu’ado, dans ma période punk, je rêvais de m’y éclater les neurones au son d’un band dit « underground ». Montréal, station Berri-UQUAM, rue Sainte-Catherine, Foufs : des mots synonymes de débauche, de liberté et d’interdit, qui impressionnaient la jeune banlieusarde que j’étais. Néanmoins, sous mes oripeaux à la sauce anarchiste se cachait une sage petite fille toute de peurs vêtue. Jamais je n’aurais osé fuguer par la 20, pouce en l’air. Je me suis alors promis de m’y rendre une fois adulte.

La vie étant ce qu’elle est, c’est seulement après plus de 20 ans que j’y mets les pieds. Enfin, j’imaginais ma présence en cette sacro-sainte salle de spectacle autrement : c’est le matin, le bar est vide et le tournage avec Rouge Pompier a lieu au sous-sol. Dans les toilettes des femmes.

On peut espérer mieux comme première expérience, dis-tu.

Mais attends. Essayons quelque chose ensemble, veux-tu? Ferme les yeux, et laisse-toi guider par le son de ma voix. Je t’emmène avec moi.

Nous descendons l’escalier qui mène sous le bar. À notre droite, les toilettes des hommes. Une forte odeur d’urine nous agrippe les narines, toute encrassée dans ces murs chargés d’histoire. Par ailleurs, ils sont colorés, ces murs. Tags et graffitis se disputent chaque centimètre, illuminant cet antre sombre où percent quelques ampoules orange. Passé les machines distributrices de condoms, toujours à notre droite, les toilettes des femmes. Je te sens hésiter. Ah, tu es curieux! Tu as aperçu l’immense entrepôt derrière! D’accord, jetons-y un coup d’œil. De la bière. Beaucoup, beaucoup de bière : bouteilles, cannettes, barils de fûts. De l’eau embouteillée et du Redbull en grande quantité, aussi. Mais retournons dans ces fameuses toilettes.

La batterie devant les cabines, le micro près des lavabos. C’est à cet endroit que Jessy Fuchs, le chanteur et guitariste du groupe (également directeur artistique et producteur de Slam Disques) s’explosera la voix en se faisant aller la crinière. Partout, des spots, des fils et tout ce qui est nécessaire à l’enregistrement d’un épisode. C’est exigu, hein? Au fait, as-tu apporté tes bouchons? Parce que j’ai l’impression que ça va péter.

Te voilà aux premières loges d’un tournage avec Stéréo-Séquence. Es-tu excité? Shuuut, ça commence. Oh, que c’est fort! Et ils sont seulement deux dans le band! Tout semble vibrer autour, et ça me brasse dans le ventre. Sens-tu l’énergie? Cette vibe, c’est ce qui fait que je suis toujours aussi fébrile à chaque captation.

Et alors, ton verdict? Pas mal du tout, pour une première au Foufs, n’est-ce pas? Dis pas le contraire. Je le vois bien que le rock de Rouge Pompier t’a foudroyé.

27 avril 2014

Épilogue

Texte publié dans le catalogue/recueil issu de l'événement Voir & Percevoir II de la 4e édition de L'inspiration du moment, à la galerie d'art L'espace contemporain de Québec, 2014


Tes petits doigts dans l’eau glacée du ruisseau. Tu tentais d’attraper les poissons à mains nues, ton épuisette abandonnée sur le rivage tapissé de cailloux. Le soleil se frayait un chemin à travers le feuillage des bouleaux. En pieds de vent, il chatouillait le galbe de ta joue et déposait des paillettes dorées dans tes cheveux si doux.

Te souviens-tu de ces jeux qui renversaient le cours du temps?

Les jours d’été qui s’étiraient jusqu’à tard dans la nuit. Le lac où l’on pataugeait à grands cris. La montagne qui nous renvoyait l’écho de nos rires en cascades. Les framboises sauvages avalées goulûment. Les couleuvres que tu cachais sous ton gaminet. Les grenouilles, aussi. Dans un seau sous ton lit.

Tu aimais la saison froide tout autant. Les glissades sur la butte derrière la maison. Les randonnées en ski les samedis dans la forêt. Notre forêt. Le foyer qui crépitait et séchait nos mitaines gorgées de neige. Les biscuits trempés dans le chocolat chaud épicé à la cannelle.

Puis, tu t’es dépouillé de tes habits d’enfant. Et plus les années s’écoulaient, plus tu lui ressemblais. Toujours plus de lui en toi. Ses gênes ont éclipsé les miens.

Ce qui est une excellente chose.

Car me voilà sanglée dans ces draps tachés de souffrance. Mon ADN est déficient, et tout mon corps est en rébellion. Chaque cellule qui le compose mène un combat perdu d’avance. La mort me guette et m’attend.

Je sens tes doigts d’homme qui massent délicatement la peau translucide de mes mains. Si au moins une parcelle de vie subsistait encore en moi pour que je te rende la caresse. Et ces mots qui m’habitent; ils n’ont plus la force de franchir le portail de mes lèvres. Pourtant, j’aimerais tant te dire au revoir. Te conjuguer l’amour au présent, une toute dernière fois.

Ne t’en fais pas, mon grand. Je n’ai plus peur. La douleur m’a quittée comme l’amant se sauve au petit matin. Le brouillard opaque qui m’encerclait se dissipe. Je revois notre forêt. Le sentier. Les herbes folles caressent mes chevilles nues. Je les sens! Et cette odeur de terre mouillée, et d’aiguilles de sapin baumier! Au loin, une lueur orangée. Pas celle qui émane des villes les soirs de nuages, non. Une lumière chaude, enveloppante. Un feu de braises qui frissonne. J’ai envie de m’y consumer.

C’est cela, mourir?

Comme c’est paisible.